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Flanatack.com vous propose de plonger dans l'univers fascinant de Philippe : le monde sub aquatique. Entretien...
Tout d'abord Philippe, bonjour, une petite présentation?
Je m'appelle Philippe Carrière, j'ai 38 ans, je suis né à Montpellier. Je suis diplômé en pisciculture et je possède le BPJEPS "pêche de loisirs". Je suis un écologue, passionné par
le milieu aquatique, notamment les eaux douces, et en particulier les poissons carnassiers.
Raconte nous un peu d'où t'est venu cette passion pour la plongée sub-aquatique?
Cette passion pour la plongée en eau douce me vient de la frustration que tous les pêcheurs connaissent : celle de ne pas voir ce qui se trouve de l'autre côté du
miroir. Vers l'âge de 16 ans (déjà initié à l'apnée en mer par mon père), j'ai plongé pour la première fois dans le Vidourle et je suis tombé face à un mur d'écailles collé à mon masque dans un
herbier dense (une carpe endormie). Ca m'a fait un électro-choc et la plongée en eau douce est devenue une drogue plus forte que la pêche!
Premier voyage avec Filfish, passez de l'autre côté...
Dans quels plan d'eau as tu déjà plongé?
Habitant au milieu de mon département (34), je me trouve au centre du réseau hydrographique de la plaine de l'Hérault. J'ai donc un large choix de biotopes différents à proximité (lacs, fleuves, rivières de première catégorie). Il m'arrive de plonger à proximité des barrages, ce qui est interdit, mais j'y trouve la quiétude nécessaire à la pratique de la photo sub. Les lacs du Bourget, Léman,et Méquinenza (Espagne) sont, pour moi, de petites mers intérieures où il faudrait plus d'une vie pour en explorer une infime partie. Ils font parti de mes objectifs, tout comme les gaves de Pau et d'Oloron pour l'espoir de photographier un saumon.
Une qualité de prise de vue rarement atteinte dans un cadre naturel français
Comment t'es tu équipé pour ce genre de plan d'eau?
Je possède plusieurs combinaisons de différentes
épaisseurs, des palmes de chasse, un Apn Canon G11 ainsi qu'un caisson Ikélite. Je plonge uniquement en apnée car la plongée bouteillée est très contraignante et non adaptée (bruits,
encombrement, autonomie). L'approche des poissons d'eau douce nécessite rapidité et fluidité pour évoluer dans les embâcles et les herbiers.
On peut voir une multitude d'espèces différentes se cotoyer sur tes vidéos, parmis ces espèces, y en a-t-il qui te fascinent plus que d'autres?
En plongeant de jour, les espèces nocturnes sont en plein sommeil (silures, sandres). Elles sont donc très faciles à approcher mais se réveillent cependant au moindre bruit
(bruit de palmes, bulles et même "cargouillis" d'estomac!). Ce qui déclenche un réflexe de fuite très impressionnant quand, par exemple, une troupe de gros silures panique (pas loin du bruit
d'une explosion!).
Le comportement des poissons sous l'eau est très variable suivant les individus. Il n'y a pas de règles, mais je dirais que les black-bass sont les plus curieux et les plus téméraires. Les
brochets sont très craintifs, en particulier les gros spécimens. Les perches françaises sont d'une curiosité plus modérée (un coup d'oeil et elles s'en vont).
Reflet inversé...
Pourrais-tu nous relater quelques rencontres incongrues? Des scènes rares?
On trouve de tout sous l'eau : silures sur la banquette arrière d'une voiture au fond d'un lac, banc de perches dans l'habitacle d'une voiture, une anguille en fin de vie, prisonnière d'un
lac, sandre agressif sur sa frayère qui n'hésite pas à me mordre le masque, de très rares carpes koï solitaires, grosses perches françaises au milieu d'un banc de brèmes (opportunistes les
mèmères!)... Je croise malheureusement, beaucoup trop souvent à mon goût, d'objets dérivés du pétrole...
J'ai aussi assisté, depuis le fond, à des départs de chasse de perches vers la surface. L'accélération est foudroyante et commence d'assez loin, comme si les perches savaient à l'avance,
sans les apercevoir depuis leur point de départ, qu'il y a des proies là où elles se ruent. Observer ce genre de comportement instinctif est fascinant.
Mystérieux silure...
Une fois sous l'eau, tu es plongé dans un monde incroyable de vie, où tu peux observer toutes les espèces et leur comportement, leur habitats...En tant que pêcheur, est-ce que ça a
changé ta façon de pêcher?
A part les black-bass et les perches qui se déplacent beaucoup, les autres poissons carnassiers se cachent lors de leurs périodes de repos au plus profond et au plus noir des embâcles et des
herbiers. Ils se rapprochent des zones moins profondes peuplées par les poissons blancs lors de leurs courtes périodes alimentaires. Ce n'est pas une règle générale, car sous l'eau, rien n'est
établi d'avance et j'en apprends sur le comportement des poissons à chaque plongée.
Mais je dois dire qu'observer les carnassiers dans leur habitat m'a appris à lire la rivière d'une manière différente et donc à peigner tous les postes où je suppose qu'il y a une cache
potentielle (embâcles, herbiers, rochers, berges effondrées, racines sous berges, caves). La prospection lente au tube plombé au fin fond des embâcles me permet de savoir rapidement s'il y a un
carnassier. Si je prends une "tape" au premier lancer, je change de leurre (souvent un swim-bait).
J'ai observé que les brochets sont souvent collés aux obstacles ou à la berge. Pour moi, les premiers centimètres à partir d'un obstacle sont donc à pêcher très lentement.
Les zones très peu profondes (environ 30 cm d'eau) abritent parfois des lunkers insoupçonnables (valable pour tous les carnassiers y compris la truite) et sont donc à pêcher "soleil de face".
Mais rien n'est établi! La lecture de la rivière étant très différente depuis la surface.
Le poisson ne laisse pas de traces, l'homme si...
Quel menace represente l'homme plus généralement sur cet équilibre fragile? Quelles sont les raisons d'espérer une amélioration ?
Les rivières drainent toutes les pollutions imputables à l'homme. Les stations d'épuration sous-dimensionnées ou inexistantes réduisent la richesse en nombre d'espèces et profitent souvent aux
espèces invasives. Le lessivage des villes et des routes (pollution aérienne, poussières toxiques) par les orages d'été peut avoir des conséquences catastrophiques sur le milieu aquatique
(pollution instantanée qui consomme tout l'oxygène dissout). Le pompage incontrôlé de l'eau par les agriculteurs peut causer la disparition des espèces les plus fragiles lors des périodes
d'étiages. L'incivilité de certaines personnes (décharges sauvages, voitures volées) et tout ce que l'homme amène et ne reprend pas avec lui lorsqu'il va profiter de cet environnement
fragile.
Dans le Sud de la France, il est pour projet de forer à grande échelle des puits pour l'exploitation des gaz de schistes. Ce qui aura pour conséquence une altération de la qualité de toutes nos
ressources en eau (voir film Gazland).
Les rivières sont vivantes et presque chaque année les crues remettent les compteurs à zéro mais polluent tout autant les mers...
Des images... une prise de conscience...
Sachons défendre ces biotopes de toutes nos forces. Il manque en France une cohésion forte des pêcheurs, à l'instar des chasseurs, pour faire pression et défendre nos idées auprès des Politiques
afin de préserver notre patrimoine aquatique naturel (taille légale de capture des poissons proprement aberrante, par exemple,... et que dire de la pêche de nuit en no-kill autorisée uniquement
aux carpistes). L'absence flagrante de surveillance des cours d'eaux français reflète le manquement des Pouvoirs Publics à leurs propres obligations.
Amis pêcheurs, portez haut les couleurs du no-kill et du respect de l'environnement en donnant l'exemple par des gestes simples : ramasser les détritus qui ne sont pas les vôtres avant de quitter
les bords de rivière, pratiquer un no-kill le plus respectueux possible du poisson (écraser les ardillons, décrocher le poisson dans l'eau car le mucus qui l'entoure est sa peau,...), dénoncer
aux Autorités les pollueurs ou les braconniers (avoir toujours le n° de tél de l'ONEMA sur soi).
A quelques jours de l'ouverture du carnassiers, un petit mot pour les pêcheurs qui nous lisent?
Les dates d'ouverture de la pêche n'étant pas adaptées à toute les espèces, il est essentiel de ne pas embetter nos compagnons de jeu durant cette période délicate. Un sandre ou un
blackbass capturé sur son nid ne retournera pas forcement sur son nid, et cela mettra en péril les futures générations! Un lunker pris à l'ouverture ferai une belle photo, mais sportivement, ce
genre de capture n' aucun intétêt... Pensez-y!
A l'approche de l'ouverture, pensons donc à laisser nos amis sandres se reproduire tranquillement
Si vous voyez un tuba passer, ne pestez pas, c'est sûrement un pêcheur qui est passé de l'autre côté du miroir...
Merci Philippe de nous faire partager ta passion avec authenticité!
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