Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 23:02

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Si je vous dis JP Vermeijden, nombre d'entre vous ne vont pas savoir qui est cette personne. Pourtant ce nom cache quelquechose, quelquechose qui pèse 270 grammes et qui mesure pas loin de 35 cm: l'Esox V2.

Vous l'aurez compris, sur Flanatack nous nous spécialisons dans le test de leurres efficaces au bord de l'eau. Pour une fois, je vais déroger un peu à la règle pour vous présenter l'homme qui est le créateur d'un leurre que je possède et pourtant que je ne suis pas sûr de mettre un jour dans l'eau...

En france, le label Lucky lures commence à être de plus en plus connu, notamment par le bouche à oreille provoqué par le bruit que fait l'esoxV2 depuis plusieurs mois. Toutefois, le monde du craft, du hand made, reste encore très timide en France par rapport à un pays comme la Hollande, alors qu'au Visma, plusieurs stands montraient les talents de certains crafteurs. En France le craft est quasi inexistant dans les salons. 

Aujourd'hui, c'est avec joie que je vous fais part de l'interview réalisée (en anglais puis traduite pour vous chers lecteurs) avec le créateur de l'Esox V2, le gérant de la société Lucky Lures en Hollande: JP Vermeijden.

Tout d'abord JP, merci de nous donner un peu de ton temps pour répondre à nos questions.

Parle nous un peu de toi, comment as-tu découvert la pêche aux leurres et d'où est venue la passion de créer tes propres leurres ?

Salut Josselin, tout d'abord merci beaucoup pour l'intéret que vous me portez, je suis honoré d'être interviewé sur votre blog.

Pour commencer quelques infos sur moi et mon travail:

JP avatar J'ai aujourd'hui 37 ans, je suis marié à mon épouse Cijn et nous avons deux fils: Jan et Koen, âgés respectivement de 3 et 4 ans. Nous vivons à Rotterdam au Pays-Bas, une grosse ville portuaire de la côte ouest. Entre le boulot et les enfants, tu imagines bien que je suis très occupé en ce moment !

J'ai fais des études afin de devenir enseignant en art et histoire de l'art, mais une fois le diplôme en poche, je n'étais pas vraiment prêt pour l'enseignement, je voulais faire les choses par moi même et non qu'on me les impose. J'ai donc poursuivi mes études dans le domaine de l'infographie (informatique) puis ensuite sur le développement et design de sites web. J'ai ainsi travaillé dans plusieurs agences de graphisme quelques années.

J'ai toujours été à la pêche... à tel point que je ne me souviens pas de mes débuts. Je crois que j'ai hérité de cette passion de mon grand père qui était un pêcheur passioné également.

Je me souviens de lui, regardant des matchs de foot et me raconter des histoires de pêches le dimanche. J'ai toujours aimé construire des choses, celà doit venir de mon père qui est ingénieur.

Je pêchais pour ne pas prendre grand chose en vérité, mais quand j'étais plus jeune, j'aimais pêcher en surf casting sur la plage, les poissons plats et le bar. Plus tard, je me suis mis à la recherche du brochet et de la carpe. Ce que j'aime vraiment dans la pêche aux leurres réside dans le fait que c'est une pêche active où l'on est toujours en mouvement.

Celà va en surprendre plus d'un, mais je n'ai jamais vraiment aimé pêcher avec des leurres... jusqu'à ma découverte des jerkbaits! Ce type de leurre n'était pas vraiment commun au Pays bas dans le passé. Tout ce qu'on pouvait trouver, c'était des crankbait de marque Rapala. Je préfèrais alors pêcher aux appats vivants jusqu'à ce que cette pêche soit interdite. Nos fameux crankbaits étaient disponibles dans plusieurs magasins ici, il était donc facile de se les procurer mais je n'aimais pas leur action dans l'eau. Je pêche quelques lacs qui ne sont en moyenne pas trop profonds, seulement 2 ou 3 mètres et la plupart des crankbaits plongeaient trop profondément. Alors quand j'ai découvert les jerkbaits et appris à les manier avec un moulinet, j'ai alors vraiment accroché à la pêche aux leurres. Le simple fait qu'un jerbait ne soit pas muni d'une bavette lui confère beaucoup moins de résistance dans l'eau. Celà implique que vous êtes vous-même responsable de l'action du leurre et vous offre une expérience de pêche à part, très intense !

Aujourd'hui, à mon sens, l'Esoxv2 est un des plus beau leurre au monde, de part sa finition et la qualité de sa nage. Mais comme toute histoire, il y a  eu un début, peux tu nous parler de tes premières réalisations ?

lucky_lures_master2.jpg La fabrication de leurre a commencé comme un loisir. J'ai toujours pensé que c'était cool de façonner son propre leurre, puis un jour j'ai simplement essayé de le faire à partir d'un vieux morceau de bois. Je ne me rappelle plus trop de sa forme en fait, c'était un jerkbait simple, peint avec une tête rouge et un rattle. Mais le premier jour que j'ai pêché avec, il m'a rapporté 7 brochets au bateau alors que mon copain, également à bord, n'en avait pris aucun ! C'est ce jour là que je me suis passioné pour la fabrication de leurre et je n'ai plus jamais pêché avec un leurre vendu dans le commerce après celà. J'ai réalisé de nombreux modèles, en commençant par des jerkbaits, assez hybrides et planants. Puis, plus tard, je me suis mis à la réalisation de modèles articulés. Je suis quelqu'un de terriblement perfectionniste donc j'essaie toujours d'améliorer le leurre d'un exemplaire à un autre. Je me suis beaucoup inspiré de crafteurs japonais, j'aime le détail et la difficulté de ces mecs dans leurs réalisations.

esoxv2_serie.jpg Voilà donc comment tout a commencé... Ces dernières années, je faisais d'abord mes leurres sur commande pour des amis, le rythme des commandes s'est gentiment accéléré et celà m'a permis d'investir dans des équipements plus coûteux mais qui m'étaient nécessaires... comme un aérographe et le procédé de moulage des leurres. J'ai aujourd'hui une liste d'attente des commandes assez stable et constante.

J'aime travailler avec mes mains et j'aime l'odeur de la peinture encore fraîche. C'est tout le contraste entre se salir les mains et être assis derrière son écran d'ordinateur toute la journée pendant la construction de sites Web.

Aujourd'hui, je travaille à mi-temps en tant que concepteur de sites Web et concepteur de leurres. Mais je ne te cache pas que je souhaite continuer à étendre mes activités dans la fabrique de leurres. Bien qu'il est clair que je passe pas mal de mon temps libre à confectionner des leurres, celà reste un "labor of love" (travail d'amour) comme vous pouvez l'appeler en anglais ( ndlr: l'interview s'est réalisée en anglais).

Comme pour mes premiers leurres qui étaient en bois, aujourd'hui encore, je réalise mes masters (première pièce originale) à partir du bois. Donner forme à un modèle prend énormément de temps, pour vous donner une idée, il m'a fallu environ un an jusqu'à ce que je puisse considérer la forme de l'esox comme "terminée". J'ai réalisé 5 modèles assez différents avec des articulations et des caractéristiques également bien différentes.

Une fois cette étape terminée, je réalise des moules à partir de ce master en deux parties à l'aide d'un solide mélange de composants résineux urethane.

esov v2 resine La résine que j'utilise beaucoup a les mêmes propriétés que le bois, elle est très dense, incroyablement résistante et peut devenir plus ou moins flottante en y ajoutant des charges spéciales, de plus, elle n'a pas les problèmes que l'on peut rencontrer avec le bois. Le bois finira toujours par commmencer à absorber l'eau et donc grossir ou rétrécir causant ainsi des craquements dans la peinture et à terme la perte de son action.

Pour l'Esox, je réalise toutes les étapes de fabriquation moi même à la main, je travaille par petites séries de plus ou moins 10 pièces. Après la coulée, je laisse les formes durcir pendant quelques jours, les imperfections causant des déséquilibres de la nage sont compensées à l'aide de charges, puis les formes sont poncées à la main. Le leurre est alors équipé avec des broches en acier très rigide, peints à l'aérographe avec des peintures bien spécifiques, équipé avec des yeux en verre peints à la main, signé, numéroté, recouvert de plusieurs couches de résine époxy et enfin équipé de fibres pour confectionner les nagoires. Il reste l'étape la plus important, le tester, vérifier qu'il nage correctement.

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Il me faut environ 20 jours pour terminer complètement une série d'Esox, ce qui inclut beaucoup de temps de séchage, mais globalement, chaque leurre me prend beaucoup d'heures de travail individuellement.

Je travaille depuis chez moi, j'ai d'ailleurs construit une petite cabane qui me fait office d'atelier et bien que l'espace y soit restreint, je peux tout y faire.

lucky_lures_atelier.jpg

En france, on commence à voir de plus en plus de blogs qui parlent de craft, de hand made. Certains concoivent leurs leurres, d'autre se contentent uniquement de les peindre et d'autres font les deux. A tout ces crafteurs qui essayent de progresser, quel serait le conseil fondamental que tu leur donnerais ?

Amusez-vous vous ! C'est le meilleur conseil que je puisse vous donner, ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus, laissez libre cours à votre imagination.

Et méfiez-vous ! La construction de leurre est très addictive... une fois que vous attrapez votre premier brochet ou autre carnassier sur un leurre que vous avez réalisé avec vos propres mains à partir d'un morceau de bois ou d'un autre matériau, il devient difficile de penser pêcher avec autre chose !

 

Penses tu que le monde émergant du craft mériterait d'être davantage mis en avant lors des différents salons de pêche français ?

Oui, je suis déjà allé à Lille dans un magasin nommé Fonisto, pour une soirée spéciale dédiée au brochet où j'ai pu montré mes réalisations. C'était vraiment sympa mais il est aussi clairement apparu que les leurres hand-made ne sont pas beaucoup utilisés en France pour le moment. 

Le prix reste un problème, même dans un pays où les leurres hand-made ne sont pas encore démocratisés. (ndlr: En comparaison, de nombreux magasins proposent des leurres hand-made dans leurs rayons au Pays Bas)

Le problème majeur réside dans le fait qu'il est impossible de rivaliser avec des leurres qui sont produits par milliers dans les usines Chinoises et qui ont un coût de fabrication très faible. Faire quelque chose à la main prend beaucoup de temps, il faut bien en avoir conscience.

Les leurres hand-made sont une forme d'art, c'est en tout cas comme ça que je le vois, c'est tout simplement autre chose que des leurres vendus dans le commerce.

Pour la plupart des crafteurs, c'est un travail d'amour, de passionés et donc pour conclure, OUI je pense qu'en France le monde du hand-made devrait être mis davantage en avant.

 

On remarque également qu'il y a deux écoles dans le mode du hand made, l'école japonaise et l'école Europe du nord, partages-tu cet avis ? Ou les deux cultures sont elles complémentaires ?

Oui c'est vrai. Il y a une nette différence entre la culture japonaise et le reste du monde. Les japonais ont une véritable culture, un passé riche dans le domaine de la fabrication des leurres à la main, ils ont beaucoup d'inspiration et son capable de vous créer de véritable chef d'oeuvre.

Les leurres de surface faits main sont principalement de création japonaise, alors que les leurres européens sont principalement de type jerkbait. Bien sûr, n'oublions pas les swinbaits qui viennent des USA, un pays qui a également une longue histoire dans le domaine du hand-made.

J'affectionne davantage la culture japonaise, car les leurres sont créés avec une certaine forme d'art et reconnus par beaucoup.

Il y a toutefois quelques crafteurs aux USA qui fabriquent de très beaux leurres.

Ici en Hollande, le hand-made est en phase de "démarrage" et quelques crafteurs talentueux commencent à émmerger.

 

Certains te considère comme un artiste, qu'en penses tu ?

Je me sens fier d'être considéré ainsi. Je m'aperçois, avec les retours de mes clients, que c'est un art fonctionnel.

esox_present.jpg

J'ai moi-même dernièrement succombé à la beautée d'un de tes Esoxv2 et pour ne rien te cacher, tout le monde me demande si je vais pêcher avec. Je dois dire que je n'ai pas la réponse, même si je sais que l'efficacité du leurre à déjà été prouvée à maintes reprises, y compris en territoire français. Plusieurs de tes clients doivent être dans le même dilemne que moi non ?

J'avoue c'est un choix difficile...

lucky_lures_catch000.jpg D'un côté je veux fabriquer des leurres qui sont agréables à regarder, mais j'aime aussi que mes leurres soient en capacité, de part leur action dans l'eau, de prendre du poisson.

Mais ces deux côtés ne font pas bon ménage, les nombreuses heures de travail passées sur chaque leurres rendent son prix un peu prohibitif et donc beaucoup de gens ont peur de pêcher avec, par crainte de le perdre. C'est pourquoi je propose également la vente d'un support pour le leurre.

On pourrait comparer l'Esox a une version personnalisée de voiture de sport dans son garage, celà vous semble fantastique, un rêve de pouvoir posséder une telle voiture mais vous pourriez également avoir trop peur de la conduire car vous ne voulez pas l'endommager. Mais bon... regarder c'est bien, mais ça devient vite ennuyeux...

Je vous propose de regarder la création de JP en action...

 

 

 

Le site internet de ta société: Lucky Lures est vraiment une réussite, tes créations y trouvent une très belle vitrine, tu es d'ailleurs connu à travers le monde. Aujourd'hui quels sont tes projets ? De nouvelles idées en tête ?

En effet, j'ai rapidement eu des visiteurs en provenance de nombreux pays et celà en peu de temps.

Bien que je fabrique des leurres depuis un certains temps, en tant que gérant d'entreprise, je suis un débutant.

J'ai beaucoup de projets en tête et je travaille activement au développement de mon entreprise.

Merci beaucoup ne vous avoir répondu JP, c'est de tout coeur que nous te souhaitons une bonne continuation. Je finirai par cette phrase: Merci de donner une si belle image au monde de la pêche aux leurres et continue de nous surprendre avec tes talents.

Pas de problème ! Tout le plaisir est pour moi !

Je vous invite à parcourir le site internet de JP et d'admirer ses différentes réalisations. Et pourquoi pas un jour de franchir le pas et de le contacter. C'est un chic type qui aime ce qu'il fait, celà se ressent et je dois bien vous avouer qu'après cette interview, je ne regarderai plus jamais mon EsoxV2 comme avant...

 

Joss' pour Flanatack

Par Joss' - Publié dans : Actualité - Communauté : La pêche des carnassiers
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